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Lourdes 1 – Mashhad 5

3 Jul 2016

L’Euro 2016 est suivi ici avec passion en Iran, au Turkmenistan ou en Ouzbekistan. Ils connaissent tout, le nom des joueurs, les palmarès… une vraie religion mondiale que le foot.

 

Mais foin de foot, Mashhad, la ville où nous sommes arrivés est d’abord la grande ville de pèlerinage des Chiites en Iran. C’est là que l’Imam Réza, leur 9 ème imam a été empoisonné, comme les 10 autres imams, et où il a été enterré. Les pèlerins chiites y viennent en masse d’Iran d’abord, mais aussi d’Afghanistan, d’Iraq, du Liban, de Syrie quand ils le pouvaient encore. Le site accueille chaque année près de 30 millions de pèlerins, soit 5 fois plus que Lourdes, pourtant le plus important site de pèlerinage européen.

 

La mosquée qui abrite le tombeau de l’Imam Réza compte 12 gigantesques cours et peut accueillir pas loin d’un million de fidèle en même temps. Nous y arrivons justement le jour de la commémoration de la mort de l’Imam Ali, empoisonné comme les autres par le pouvoir de l’époque. Désigné par le prophète comme son digne successeur, il a été rapidement évincé et éliminé. C’est de cet événement que date le schisme entre chiites minoritaires restés fidèles à Ali et les sunnites plus proches du pouvoir de l’époque. De l’assassinat de tous leurs imams, les chiites ont gardé le sens du martyr et une solide haine de leurs frères sunnites. Le chiisme n’a pourtant été officiellement adopté comme religion officielle qu’au XVIème siècle.

 

La cérémonie commence à 19h et va se poursuivre jusqu’à 4h du matin. 7h durant les imams vont se succéder en de lancinantes mélopées en arabe, langue de la prière. Les fidèles sont très peu nombreux à comprendre l’arabe et les versets du coran sont systématiquement traduits en fârsi. A l’évocation de la mort de leur Imam, il y a 14 siècles, les fidèles sont en pleurs et se lamentent comme s’il venait de mourir.

 

De ce fait, Mashhad est avec Qom, une des villes les plus religieuses d’Iran et l’observance du ramadan y est beaucoup plus rigoureuse, au moins dans la rue. Les vendeurs d’eau, de jus, les restaurants sont tenus à un beaucoup plus strict respect sous peine d’importantes amendes et de jours de fermetures administrative de leur commerce.

 

Pendant notre séjour à Mashhad, nous sommes accueillis chaleureusement par Amin et Mona, un jeune couple de militants vélo, par ailleurs très religieux et par leur famille. Les parents de Mona, tous deux professeurs d’arabe, sont également des pratiquants assidus. Pendant tout le ramadan, ils s’abstiennent de boire et de manger pendant le jour mais prient également la majeure partie de la nuit jusqu’à 4h du matin, dorment ensuite jusqu’à 10 heures du matin pour partir travailler. Autant dire que la productivité du travail ne doit pas être très élevée à cette période… Ils nous servent gentiment, thé, délicieux jus de pastèque ou de melon, préparent nos repas alors qu’eux-mêmes se privent toute la journée.

 

 Amin et Mona, militants du vélo et pratiquants d'un islam rigoriste qui nous reçoivent à Mashhad pendant le ramadan

 

Amin qui a fait des études d’informatique tient un petit commerce de casquettes dont l’activité n’est pas très florissante avec les difficultés économiques actuelles de l’Iran. Mona a un doctorat en agronomie. Elle aurait initialement souhaité travailler, comme 17% des femmes en Iran et mettre à profit ses études supérieures mais a finalement renoncé sans doute sur l’insistance de son mari et de ses parents. Amin se dit parfois tenté de rejoindre la Syrie pour combattre Daesh, pour qui, pour quoi, l’intérêt économique (le gouvernement iranien paye les volontaires 3000$ par mois), le devoir religieux (combattre ses frère ennemis du sunnisme ?), la politique iranienne (soutenir la position de l’Iran au Proche-Orient au travers du Hezbollah soutenu par Haffez-El-Assad ?), nous aurions souhaité en savoir plus sur ce point.

 

Le contraste est saisissant au sein de la même famille avec Amir, le frère de Mona et sa fiancée qui ne veulent plus entendre parler d’islam, de religion et de religieux et n’ont qu’une hâte, quitter l’Iran au plus vite, vivre une vie libre. Après leur mariage prévu en août, ils partent en Corée-du-Sud. Amir va y faire en trois ans un doctorat sur les cellules photo-voltaïques organiques, un domaine en plein essor et souhaite s’installer ensuite dans un autres pays mais pas en Europe. « Chez-vous nous explique-t-il, nous serons toujours des réfugiés et considérés comme tel, en Asie ou aux Etats-Unis, nous sommes un potentiel économique ». A méditer sur la façon dont nous voyons le potentiel des gens que nous accueillons… Outre ses études, Amin est un joueur professionnel de « dothar », une cithare à 2 cordes, traditionnelle en Iran et en outre un excellent guitariste. Comme Rouzbeh quelques jours plus tôt, il est fatigué de sans cesse avoir besoin de se battre pour organiser le moindre concert de musique traditionnelle. Sa femme qui est également une très bonne interprète a interdiction de jouer en public.

 

 Amir, frère de Mona à la dothar part faire un doctorat sur l'énergie photovoltaïque en Corée-du-Sud.

 

 Repas de fête dans la famille de Mona à la fin du jeun

 

La tante d’Amin est une lettrée incroyable, passionnée de culture française et de littérature, traductrice de romans. Elle nous questionne sur nos préférences et nous avons un peu honte de notre si piètre connaissance de la littérature française, moderne comme ancienne. Elle connaît un nombre impressionnant d’auteurs et cherche les thèmes qui pourraient intéresser les Iraniens. Comme Amir, elle n’a que faire des préceptes d’un autre âge et aspire à une vie plus libre. Ces divergences de vue n’empêchent pas une proximité familiale finalement étonnante.

 

Nous avons droit à un vrai repas de fête avec la soupe, les dolme, poivrons, aubergines fondants d’huile d’olive farcis à la viande de moutons, un délice, poulet rôti, fruits à volonté. Chacun va, vient, va prier un moment, repasse, c’est curieux.

 

La grande affaire du moment, c’est le mariage d’Amir et son amie cet été. Le mariage est ici beaucoup une alliance entre deux familles et les négociations sont serrées sur qui apporte quoi pour répondre aux besoins futurs du couple, les tapis, la machine à laver, la télévision, la vaisselle. Les invités apportent des pièces d’or certifiées. Leur fête de mariage est prévue en comité plutôt réduit, à 300 personnes, pour des gens plus fortunés la fête rassemble rarement moins de 500 convives et ce sur plusieurs jours. Autant dire qu’il s’agit d’un investissement considérable pour les deux familles.

 

Nous reprenons la route plein est, avec notre visa Turkmène en poche, dans un paysage désertique de canyons. Dernière invitation fort sympathique à Sarrakhs, la ville frontière par un médecin et sa femme. Intéressé par les relations internationales, il nous interroge sur la politique iranienne, sur la position d’Israël (le lendemain est jour férié en Iran contre le sionisme, pour manifester leur opposition à la politique Israëlienne) et des pays occidentaux. Il nous pousse dans nos retranchements, «Mais pourquoi ce sont vos propres enfants qui ont posé les bombes à Paris, n’étaient-ils pas de nationalité française, qu’avaient-ils donc contre vous ? » et il n’est pas toujours facile de répondre franchement sans froisser nos hôtes.

 

Nos derniers kilomètres en Iran dans un décor de western 

 

 La pastèque offerte par un automobiliste de passage est bien appréciée

 

 Avec Jin, une cycliste coréenne au caractère bien trempé, partie seule depuis 4 ans autour du monde à vélo

 

 

Derniers contacts avec l’Iran et demain nous serons au Turkmenistan, encore un nouveau monde qui s’ouvre à nous.

 

 Nos derniers hôtes en Iran, chez Mahmood, médecin à Sarrakhs à droite et sa femme à gauche avec Jin. La ressemblance est frappante entre les deux femmes.

 

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