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Turkmenistan, 47° à l’ombre

7 Jul 2016

Nous avons eu de la chance d’avoir notre visa Turkmène, 1 chance sur 5 ces derniers mois. Mais le plus dur reste à faire, traverser le pays en 5 jours sur une distance de 500 km. Sur le papier pas de problème, nous l’avons déjà fait souvent.

 

Sauf que les longues et fastidieuses formalités de passage de frontières d’un côté comme de l’autre nous prennent deux bonnes demi-journées. Il ne reste donc plus que 4 jours, là encore faisable dans un pays globalement plat.

 

 Passage en douane terminé, c'est parti pour 500 km de traversée du Turkmenistan

 

Sauf que le revêtement des routes est vraiment en mauvais état et limite notre progression et que le vent du nord qui n’a rien de froid, souffle dès 9h du matin et se renforce tout au long de la journée. Il faut donc nous attendre à un vent de face continu.

 

 Sur les routes ouzbèkes au petit-matin

 

Sauf surtout que début juillet les températures grimpent très vite, dès le lever du soleil, dans ce bassin quasi désertique. Nous quittons la douane par 43° vers midi et la température monte dans l’après-midi. A partir de 18h, la température commence à baisser mais il fait encore 47°, vers 20h30 après le coucher du soleil, la température descend enfin en dessous de 40° mais le sol est toujours très chaud. Une famille qui nous héberge un peu plus loin nous annonce qu’à cette période les maxima peuvent monter jusqu’à 58°, nous n’osons imaginer…

 

A 18h30, il fait encore 47° à l'ombre...

 

La solution pour traverser sans trop de difficulté, version commando : se lever tôt, à 4h du matin et partir avant le lever du soleil et du vent, abattre le maximum de kilomètre avant midi, trouver un endroit à l’ombre, un arbre ou par chance un café climatisé et se reposer jusqu’à 17h avant de reprendre les vélos.

 

Finalement c’est étonnant comme le corps s’adapte. A vélo, nous nous créons un peu de vent qui limite la sensation de chaleur et il suffit de boire, boire beaucoup, même de l’eau à près de 50° dans les gourdes, et s’arrêter dans la moindre gargote pour trouver de l’eau glacée, un délice ! Trouver de l’eau, de préférence fraîche devient une véritable obsession. L’après-midi, nous mettons le pilote automatique, appuyons machinalement sur les pédales, ne pas parler, ne pas penser et laisser la tête divaguer. Quelques chansons de Brassens ou des poèmes montent à la tête et tournent en boucle selon l’inspiration. Cet après-midi du premier jour, pas très optimiste mais ça donne l’ambiance :

 

La caravane humaine au Sahara du monde

Par ce chemin des ans qui n’a pas de retour

S’en va traînant les pieds, brûlée au feu du jour

Et buvant sur ses bras la sueur qui l’inonde

 

Le grand lion rugit et la tempête gronde

A l’horizon fuyard, ni minaret ni tour

La seule ombre qu’on ait, c’est celle du vautour

Qui traverse le ciel cherchant sa proie immonde

 

Je ne sais plus de qui elle est, ou celle ci de Ronsard :

 

Je n’ai plus que les os un squelette je semble

Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,

Que le trait de la mort sans pardon a frappé

Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble

 

 Les chameaux, ou plutôt dromadaires sont nos nouveaux compagnons de route. Rien d'étonnant ici à voir un troupeau traverser l'autoroute.

 

Curieusement, nos points faibles ne sont pas forcément ceux attendus. Nous nous couvrons, les jambes, les bras, la tête avec un grand chapeau, un foulard qui limite fortement la consommation d’eau et la sensation de sécheresse dans la gorge, le nez, sur les lèvres, une chaussette dans les sandales, à droite le matin, à gauche l’après-midi. Malgré les lunettes de glacier, ce sont les yeux qui souffrent le plus. Le vent chauffe le liquide lacrymal et finit par bruler les yeux. Et puis toujours des histoires de fesses, n’y voyez aucun mal, mais par cette température elles s’échauffent. C’est notre capital le plus précieux mais aussi le plus limitant pour tenir des heures en selle ! Je rêve d’in bain de fesse à la Rika Zaraï dans l’eau glacée.

 

La route souffre aussi. Sur certaines sections, le goudron chauffe tellement qu’il devient liquide. Les véhicules collent et les pneus font un bruit de chewing-gum mâchouillé. Nous parvenons à trouver une petite bande de goudron encore dure sur le côté mais gare à ne pas rouler sur la poix brûlante ou nous sommes bon pour coller à la route.

 

Nous trouvons sur notre itinéraire tous les 30 à 70 km des petits cafés où nous pouvons trouver à boire et à manger, nous reposer quelques instants plus au frais ; les nouveaux caravansérail des chauffeurs routiers turcs, turkmènes ou iraniens. Entre deux cafés, il faut bien calculer les besoins d’eau et nous les attendons avec impatience.

 

 Petits cafés réparateurs le long des routes

 

Le premier soir, nous débarquons autour de 20h, assoiffés et épuisés dans une petite épicerie. La bouteille d’eau glacée et l’air frais du magasin sont une délivrance. La grand-mère qui tient le magasin avec ses petits-fils, toute colorée de vert avec son beau foulard noué dans les cheveux, ses dents cerclées d’or, nous regarde d’un air amusé, nous effondrer dans le canapé du magasin et boire tout notre saoul. Nous plantons la tente de nuit dans une petite ferme au bord du canal d’irrigation, où le grand-père, son fils et son petit-fils cultivent pastèques et melons.

 

Au km 70, la grand mère Turkmène et ses petits fils tient un magasin avec de l'eau fraîche. Nous nous écroulons dans son canapé. Elle nous regarde d'un air amusé.

 

Au fil des jours la situation s’améliore. Nous descendons dans une partie plus verdoyante, irriguée par le large canal de détournement de l’Amou Darya. Autant d’eau qui n’ira pas rejoindre la mer d’Aral, permettra aux populations riveraines de cultiver ou se perdra dans les immenses cultures de coton. Les arbres poussent et jouent un effet de climatisation bien perceptible.

 

A la fin du 3ème jour, nous sommes confortablement installés dans une yourte autour d’un copieux repas. Le vent de sable se lève. Le lendemain matin, le ciel est couvert et la température est largement tombée et plafonne à 40°. Nous nous levons tôt et les 135 km pour rejoindre Turkmenabat se transforment en promenade de santé.

 

Le dernier soir, nous sommes invités par une famille à Turkmenabat. La mère est sage-femme et commerçante au bazar, au caractère bien trempé. Leur deuxième garçon de 13 ans parle un excellent anglais et veut devenir diplomate, son rêve, en France ou en Grande-Bretagne. Ils nous permettent de mieux comprendre le pays, l’arrivée des soviétiques en 1920, la fuite d’une large partie de la population, souvent la plus instruite et le plus riche, vers l’Iran et l’Afghanistan, puis la « Turkmenisation » du pays après l’éclatement de l’URSS, le départ de nombreux Russes.

 

 Abu avec ses parents qui nous accueillent et son petit frère. A 13 ans, il parle déjà un excellent anglais et veut devenir diplomate

 

La frontière entre l’Iran et le Turkmenistan a été une vraie frontière, faisant partie autrefois du rideau de fer. Pas un Iranien rencontré n’était allé jusque là au Turkmenistan. Le Turkmenbashi, le grand chef des Turkmènes, n’a aucune intention de voir débarquer ici des barbus qui de leur côté ne tiennent pas particulièrement à voir venir en nombre ces buveurs de vodka. Elle nous ouvre un monde totalement différent. Finis les fantômes noirs de la république islamique, enfin des femmes colorées, splendides dans leurs longues robes brodées, avec leur haut fichu. Enfin des gens qui se baignent dans les rivières. Philippe Delerm a bien raison, la première gorgée de bière après des mois d’abstinence a une saveur incomparable. Avec des années d’athéisme soviétique, la pratique de l’islam est ici très modérée. Fini pour nous le ramadan, à se cacher en permanence pour boire et manger. Finis également les selfis à longueur de journée et les circonvolutions du Ta’ârof iranien, les relations ici sont plus « brutes de décoffrage », à la soviétique.

 

 Enfin des jeunes qui prennent plaisir à se baigner dans les canaux d'irrigation

 

Nous avons perdu avec regret les bons fruits et légumes de l’Iran. Le Turkmenistan est un pays de nomades et la viande, surtout le mouton, est l’aliment de base, en ragout, en soupe, grillée, dans des samosas. Finies les petites salades, les fruits à profusion. Pas sûr que nous allons nous y retrouver aussi bien qu’en Iran de ce côté là !

 

Nous avons en revanche le plaisir de retrouver le turc, au moins ce qu’il nous en reste, et les Turkmènes s’amusent à nous entendre. Les bases grammaticales sont les mêmes et la majorité du vocabulaire similaire. Brigitte remonte aussi en mémoire vive le russe appris à l’école, ça revient vite et avec bonheur. Certains ne parlent que turkmène, d’autres que russe. Entre les deux, nous parvenons à bien échanger, au moins dans le peu de temps qui nous reste. Les Turkmènes sont faciles, chaleureux, moins intrusifs que ne l’étaient certains iraniens.

 

Le pays joue en première division dans la catégorie dictatures, en champion’s league et dispute la vedette à la Corée du Nord. Narbayev, l’ancien président, n’était autre que l’ancien président de la république socialiste soviétique de Turkmenistan du temps de l’URSS. Question culte de la personnalité, il n’avait de leçon à recevoir de personne. Il avait ainsi changé les noms des jours de la semaine et des mois de l’année par les prénoms des membres de sa famille. Tous les ouvrages qu’il a pu écrire, y compris un livre sur les plantes des montagnes turkmènes, trônent fièrement ey obligatoirement dans tous les endroits publics. Le nouveau président n’a changé que les aspects les plus voyants mais préfère construire des bâtiments publics et des avenues démesurés que d’entretenir les routes. Le pays est pourtant assis sur des réserves de gaz considérables et son économie est florissante.

 

Dommage de ne pas avoir suffisamment de temps pour découvrir ce pays bien attachant et ses habitants…

 

Nous franchissons l’Amou Darya sur un pont flottant. Les barges s’enfoncent profondément au passage des camions. Comme l’Euphrate, c’est un fleuve vraiment mythique qui a nourri notre imaginaire de collégien et de lycéen pendant des années. Nous y sommes et bientôt nous serons en Ouzbékistan.

 

 Passage de l'Amou Daria sur un pont de barges qui doit dater de l'époque soviétique

 

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