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Ouzbekistan à la graisse de mouton

15 Jul 2016

Après la traversée commando du désert du Turkmenistan, l’arrivée en Ouzbekistan est un vrai temps de respiration. Enfin de l’eau, du vert, des oiseaux, huppes au vol chaloupé, guépiers au bleu électrique, loriots jaune au chant grave, trois magnifiques oiseaux fétiches de mon frère Bruno. Les cours d’eau et les canaux bordés de saules et de peupliers dessinent un réseau très dense d’irrigation dans toute la partie de l’Ouzbekistan que nous traversons. Il fait nettement plus « frais », autour de 40°.

 

Des villages-rue tout en longueur se succèdent le long de la route. Les maisons toutes identiques, héritage de la période soviétique, ont un petit bout de terrain qui les sépare de la route et où chacun fait pousser un peu de maïs, des légumes, de la luzerne qui répand ses odeurs sucrées et une grande variété d’arbres fruitiers. Finies les grandes exploitations extensives de coton du Turkmenistan, il s’agit plutôt, là où nous traversons, d’une agriculture paysanne très dense avec quelques arpents de terre, quelques vaches, des moutons, une basse-cour. Une famille nous invite pour une de nos toutes premières nuits dans le pays. Passée la grande porte d’entrée, nous arrivons sur une cour ombragée par des treilles de raisin et un autre jardin autour d’une petite pièce d’eau. Ils  nous installent des tapis, nous offrent les fruits du jardin. Les visages ont un type nettement moins mongol qu’au Turkmenistan. Nous pourrions nous trouver dans n’importe quelle large vallée des Balkans, dans la vallée de la Sava en Croatie ou en Serbie le long du Danube.

 

 

 

Trois générations de femmes qui se passionnent pour le français. La grand-mère était professeur de français et s’est reconvertie en épicière mais toute la famille parle ou apprend le français.

 

Dans la cour d’une famille ouzbèque sous la treille

 

Pour nous séduire un peu plus, tout le monde se déplace ici à vélo. Le pays est plat et le vélo est le moyen de déplacement de proximité de toutes les générations, essentiellement les hommes cependant. Un solide vélo monovitesse avec frein à rétropédalage que tous chargent qui d’une fourche, d’une pelle en travers, de larges sacs de grain, de fourrage, qui d’un enfant ravi sur l’avant du cadre, d’un ou d’une amie en amazone. Les petits transports collectifs de 7 places assurent le reste. Finis les véhicules iraniens crachant une fumée noire, l’essentiel des véhicules même les plus anciens fonctionnent au gaz et plus aucune moto en dehors de quelques antiques side-cars soviétiques.

 

 

Le solide vélo monovitesse ouzbèk sert à toute la famille

 

Tout au long de la route, se succèdent des petits restos où l’on s’installe à genoux ou en tailleur sur des estrades garnies de tapis, à l’ombre des peupliers et à proximité de cours d’eau. C’est très agréable. Pour bien apprécier la gastronomie Ouzbek, il faut aimer la graisse de mouton, au petit déjeuner, bien chaude sur des tartines avec de la viande grillée, le midi dans la soupe où quelques légumes se débattent, le soir grillée ou en ragout… Vous avez compris, malgré tous les légumes qui y poussent nous ne sommes pas dans un pays de végétariens, ce qui ne fait pas vraiment notre affaire et la digestion du début d’après-midi devient plus douloureuse. D’autant que les conditions d’hygiène ont nettement baissé depuis l’Iran. L’eau est en abondance mais nous ne savons jamais s’il s’agit ou non d’eau d’évacuation, tout se mélange. Les toilettes sont à la hauteur : un trou, deux planches avec vue plongeante. Une seule pensée, surtout ne pas tomber dedans. Le tout près des cuisines, dans le périmètre de vol des nombreuses mouches qui s’en donnent à cœur joie et n’ont pas toujours la bonne idée de se laver les pattes avant de passer à table ! Pour la première fois du voyage malgré des estomacs que nous pensions en béton, nous sommes régulièrement affectés de maux de ventre, diarrhées, ballonnements qui vont nous suivre plusieurs semaines.

 

Nous sommes au cœur de la route de la Soie dont Boukhara et Samarkand gardent le souvenir. Boukhara nous séduit avec ses médersas, ses mosquées, sa haute tour, son architecture sobre de briques et de pisé, le bleu turquoise des coupoles, ses nombreux bassins, son dédale de petites rues, de maisons en pisé. Le soir, la ville sort de sa torpeur, les enfants jouent dans la rue, les terrasses s’animent sur les places. Samarkand est une déception. Certes les monuments sont exceptionnels mais toute vie les a quittés. La ville populaire et ses petites rues sont séparées par des murs de la ville historique propre mais trop léchée pour être honnête. Des hordes de policiers gardent les entrées du fameux Rejistan et se font graisser la patte pour laisser passer en dehors des heures de visite, alors que le soleil est encore doux. Une navette électrique venue du futur emmène les mamas au marché un peu plus loin.

 

 

La mosquée et le grand minaret de Boukhara en briques de terre cuite, magnifiques de simplicité

 

 

La médersa aux quatre minarets de Boukhara

 

Photo devant le Rejistan à Samarkand. Les monuments sont splendides mais la vie les a quittés. Le cœur historique est volontairement coupé de la ville populaire.

 

Les splendeurs de Samarkand

 

Finis les vieux marchés tortueux de l’Iran, les ânes et les chameaux qui arrivaient ici en foule il y a quelques décennies. Un grand marché au style soviétique, propre et lumineux a remplacé l’antique bazar. Nous profitons quand même bien de la profusion de fruits, de légumes, de miels délicieux et même de fromages en petites boules très salées.

 

 

Les bons pains du marché

 

La vendeuse de fromage nous fait goûter ses spécialités de petites boules de fromage salé

 

Les miels sont variés et délicieux, notamment ce miel de fleurs de coton

 

Nous nous régalons de la variété de fruits

 

Les vendeuses de maïs avec leurs casquettes

 

En entrant en Ouzbékistan, nous devenons millionnaires. Contre quelques dizaines d’euros il nous faut un sac pour transporter nos liasses de billets

 

 

Au restaurant, malgré les prix modiques, il faut une grosse liasse de billets pour payer

 

Nous apprenons que la route directe pour passer à Dushanbe au Tadjikistan est fermée depuis plusieurs années. Un reste des conflits territoriaux qui ont ensanglanté les relations entre les deux pays. Pour punir le Tadjikistan de s’être opposé à l’avancée des Soviétiques dans les années 20, les deux provinces phares de Bukhara et Samarkand de langue fârsi ont été rattachées à l’époque à l’Ouzbekistan. Le découpage territorial hérité de cette époque est encore un sujet de vives tensions. Qu’importe, nous prenons la route du sud avec un détour de plus de 200km et retrouvons la montagne et des régions plus sèches.

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