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Pamir, sur le toit de notre route

9 Aug 2016

De Khorog, capitale du Pamir, nous quittons l’Amou-Daria et la frontière Afghane pour continuer sur la M41, la « Pamir Highway » construite par les soviétiques dans les années 30. Après la difficile section Dushanbe-Korogh, les dérangements intestinaux à répétition et malgré deux jours de repos, nous repartons les jambes encore en coton. Il va nous falloir passer 7 cols entre 4000 et 4600 mètres d’altitude avant de rejoindre Osh au Kirghiszistan. Le Pamir à cheval sur le Tadjikistan, le Kirghizistan et la Chine est la partie la plus occidentale de la chaîne de l’Himalaya avec des sommets à plus de 7000 mètres.

 

Nous remontons une très belle rivière aux eaux cristallines. Jusqu’à 3000 mètres, c’est une succession de villages aux jardins bien garnis, où poussent abricotiers, pommiers, pruniers. Autour des villages, des près de fauche où tout le monde s’active. Tout autour de nous, des sommets à plus de 5000 mètres. Les maisons sont construites en pierres bien ajustées avec un enduit de pisé, une charpente relativement légère couverte de tôle colorée qui abrite les foins pendant l’hiver. Les Pamiris, habitants de l’ouest du Pamir et d’une bonne partie du Tadjikistan ont des visages parfaitement européens et pourraient bien se retrouver dans n’importe quelle vallée de Savoie. Ils se reconnaissent tant au Tadjikistan qu’à l’étranger à leur petit chapeau en feutre vert sans rebord dont ils sont très fiers.

 

Dans le Pamir occidental, les populations Tadjikes ont un type très européen

 

Maisons traditionnelles du Pamir en pisé. Le foin sèche sur les toits

 

Ce soir là, nous sommes invités par une famille à manger et dormir chez eux dans leur belle maison toute neuve. Elle et lui ont travaillé 15 ans en Russie, lui dans la construction, elle dans la restauration et ont souhaité rentrer « au pays ». Avec un « bon » salaire moscovite de 600 € mensuels, ils ont pu épargner et construire la plus belle maison du village. Leurs deux enfants de 5 et 7 ans sont tout heureux de notre présence. Ils parlent déjà parfaitement le pamiri, la langue vernaculaire du secteur, le tadjik, la langue de leur mère et se débrouille déjà bien en russe. Nous croisons dans la vallée des enfants d’une douzaine d’année maîtrisant déjà bien 4 langues, avec l’anglais, la langue des touristes apprise à l’école. Comme la majorité des Pamiris ils sont de confession ismaélienne (voir le post à ce sujet). L’Aga Khan, leur maître spirituel a beaucoup investi dans l’aide d’urgence durant la guerre civile et dans des projets de développement, avec l’appui de la Communauté Européenne dans ce secteur pauvre et reculé du pays.

 

 Dans une famille Pamiri de confession Ismaëlienne

 

En remontant la vallée et en prenant de l’altitude, la végétation devient plus éparse et l’agriculture nettement moins présente. Nous passons devant des sources d’eau chaude et nous arrêtons dans un établissement de bain construit par les soviétiques qui a du connaître son heure de gloire du temps de l’URSS mais qui se trouve bien décati. En guide de spa, nous avons droit à une piscine en piètre état aux eaux très chaudes et soufrées. Il n’y a pas d’eau courante, pas d’électricité, sauf entre 23h et 5h du matin. Les toilettes collectives dehors sont à peu près à l’image. La cantine sert des pâtes avec des pommes de terre et une soupe un peu fadasse. Le paysage alentour est magnifique avec les hauts sommets. Nous en profitons pour prendre une journée de repos bien méritée et nous acclimater à l’altitude, à 3500m, c’est parfait pour faire des globules.

 

Les toilettes très conviviales du sanatorium soviétique

 

C’est sans difficulté que nous passons notre premier col à 4270 m. Brigitte est dans une forme olympique et ne ressent aucun effet de l’altitude. La première descente et le second col se font sur une piste sableuse, caillouteuse moins évidente. Nous redescendons ensuite sur un vaste plateau parsemé de lacs aux eaux salées. Il ne manque que les flamants roses pour nous croire dans le sud Lipez en Bolivie. Le secteur est infesté de moustiques qui nous pourrissent bien la soirée. Nous ne découvrirons que trop tard qu’ils se couchent à 19h, heure à laquelle nous sommes réfugiés dans notre tente !

 

 En haut de notre premier col du Pamir à 4250m

 

 Au loin les chaînes de montagne du Pamir à plus de 7000m

 

En quelques kilomètres, nous changeons complètement de pays. Les frontières héritées de l’URSS des années 20 ont été faites en dépit des langues et des cultures, mais à dessein pour diviser les populations et éviter des revendications nationalistes, qui s’expriment du coup quelques 90 ans plus tard. Les Pamiris aux yeux et aux peaux clairs font place à des populations kirghises mais de nationalité tadjike de type vraiment mongol, pommettes hautes, yeux bridés, ou Tibétaines à peau cuivrée et au visage plus sec. Des yourtes sont rassemblées autour des points d’eau pendant la période estivale pour faire paître leurs vaches et de jeunes yacks. De hauts chapeaux de feutre blancs et noirs ont remplacé la coiffe pamiri. Les très rares villages où une partie de la population reste toute l’année dans des conditions très dures, sont pauvres, bas et construits en pisé. La plupart des habitants maîtrisent là aussi 3 ou 4 langues. Nous nous arrêtons discuter avec 4 enfants qui viennent passer leurs trois mois de vacances dans la yourte de leurs grands parents. C’est tranquille mais il faut aimer la méditation, la nature et les grandes espaces ! Là encore, les paysages sont grandioses, des couleurs vives de rouge, de vert, d’ocre, les sommets encore enneigés à plus de 5000 mètres.

 

Avec des petites Kirghizes en bord de route. La plus grande de 12 ans maîtrise le kirghize, le russe et déjà un peu d'anglais

 

De Mourghab, principale ville du Pamir oriental, peuplée essentiellement de Kirghizes, nous remontons vers le plus haut col de notre parcours. Nous passons à moins de 10 km de la frontière chinoise, fermée aux étrangers. De nombreux camions chinois empruntent la route du col qui mène à la Karakorum Highway, porte vers la Chine, le Pakistan et l’Inde. Nous croisons de nombreux cyclistes, Français, Allemands, Belges, Néerlandais, Italiens, Canadiens qui viennent profiter de ces routes grandioses dans un sens comme dans un autre. Jamais nous n’avons vu une telle concentration ! L’occasion de prendre des informations sur la suite de notre parcours en Chine et au delà.

 

 L'arrivée sur Mourghab, ville principale du Pamir oriental

 

Nous remontons plein nord à travers d’anciennes vallées glaciaires quasi-désertiques. Les bivouacs sont splendides dans ces grands espaces rarement troublés par le passage de rares véhicules. Nous passons sans trop d’encombre notre plus haut col à plus de 4650 m. Plus les conditions sont difficiles et mieux nous nous portons. Aucun symptôme du mal des montagnes. Finis les maux de ventre, nous retrouvons un solide appétit et quand le ventre du cycliste va, tout va !

 

 Sur les hauts plateaux désertiques

 

 Bivouacs de rêve tous les soirs

 

Sur le toit du voyage à 4655 m d'altitude, le moral est au beau fixe malgré les conditions difficiles

 

 

Dans la descente, nous croisons nos premiers troupeaux de yak. Une petite fille kirghize du haut de ses 4 ans nous invite à prendre le thé avec sa maman dans sa yourte. Il y fait délicieusement bon, elle nous apporte de la crème de lait de yak et de l’ayran, un yaourt fermenté avec du pain et nous nous régalons. La mère a 29 ans et 3 enfants, dont le petit dernier d’un mois et demi emmailloté bien serré dans un landau de bois. La voisine a 52 ans, le même âge que Brigitte et un fameux caractère. C’est elle qui fait le pain dans un grand four d’argile. Toute la famille vient passer ici les 3 mois d’été avec leurs 17 yacks et leurs 7 vaches. Les yacks donnent en moyenne 3 litres de lait par jour, un rendement bien inférieur à nos vaches tarines et abondances. Avec le lait, ils fabriquent le beurre, la crème, l’ayran et le kefir mais pas de fromage. La transhumance avec leur troupeau et toute la famille vers Kara-Kul, leur village situé à près de 50 km et 400 mètres plus bas se fait en une journée, moins pour la famille qui fait maintenant le parcours dans un taxi 4x4 chargé de toutes les affaires.

 

Dans une famille Kirghize en estive

 

La voisine qui fait le pain s'est prise d'amitié pour Brigitte. Toutes deux de la même année...

 

 

Les cours de russe de Brigitte d’il y a plus de 30 ans reviennent bien et permettent quelques années après, de bonnes discussions. Le tadjik n’est pas du tout parlé ici et même l’école primaire est faite en kirghize. Nous prenons avec cette famille nos premiers cours de kirghizes, à partir de traductions en russe ! C’est une langue proche du turc, beaucoup plus que l’ouzbek, avec un très grand nombre de mots communs, la même façon de compter, une structure grammaticale très proche. Ca rentre beaucoup plus vite et c’est avec joie que nous retrouvons des mots similaires, comme de bons amis que l’on retrouve après plusieurs mois d’absence. Il va nous falloir encore un peu de temps pour oublier le fârsi du Tadjikistan.

 

Kara-kul, situé au bord d’un grand lac d’origine météoritique ne compte qu’une vingtaine d’habitants en été quand toutes les familles sont parties avec leurs yourtes en estive dans les alpages mais environ 400 personnes le reste de l’année, toutes d’origine kirghize. L’hiver est très froid, jusqu’à -30° mais les faibles précipitations permettent aux troupeaux de continuer à pâturer au bord du lac. Au nord, le premier village kirghize est à 100 km, au sud Mourghab à 130 km, à l’ouest le premier hameau pamiri à plus de 120 km et à l’est, c’est le no-man’s land de la frontière chinoise. Les kirghizes sont majoritairement de confession musulmane sunnite mais le cimetière situé en bordure du village est essentiellement animiste. Les touffes de poil de queue de yack sur les tombes protègent les morts dans l’au-delà et font penser à un culte chamanique.

 

 Dans le village de Kara-Kul, une des rares lada du village devant l'épicerie où l'on trouve quelques nouilles chinoises

 

 Tombes animistes kirghizes d'éleveurs de yacks

 

La frontière chinoise est à moins de 10 km mais nous ne rentrerons en Chine que dans un mois, 1500 km plus au nord au Kazakhstan

 

Pour parvenir au Kirghisistan, il nous reste encore deux cols à passer. Entre les deux cols, le ciel s’assombrit, le plafond est bas et lourd, quelques premières gouttes nous arrosent, le vent souffle en rafale, de face bien sûr et la température baisse fortement. Nous ressortons polaires, bonnets, gants, veste gore-tex enfouis depuis les hauts plateaux turcs. En à peine un mois, nous aurons connu une amplitude thermique de près de 50°. La pente se fait dure, la piste n’est plus qu’une large tôle ondulée, le vent veut nous garder dans le Pamir et il nous faut gagner la route mètre par mètre. Nous évoluons dans des paysages de fin d’ère glaciaire, avec de hauts glaciers, de grandes rimayes, des hautes moraines. Les eaux sont vertes, chargées d’une argile et de roches très colorées, ou rouges. Le temps donne parfaitement l’ambiance. Dans ces conditions extrêmes, le moral est bon bien au chaud dans nos vêtements mais c’est bien épuisés que nous parvenons au poste frontière. La piste à 4350 m d’altitude est maintenue ouverte toute l’année au prix d’efforts démesurés des cantonniers locaux qui déneigent et déblaient la route régulièrement transformée en torrent. Ils nous invitent dans leur campement et en guise de goûter et nous offrent du thé chaud et une monstrueuse platée de riz et de viande de mouton que nous avalons sans sourciller. Nous reprenons les vélos pour basculer côté Kirghize et les premiers flocons nous accueillent. Vite, nous descendons chercher un petit coin plat pour notre tente, dégustons une grande gamelle de nouilles chinoises appréciées à leur juste valeur et nous endormons du sommeil du juste.

 

Nous basculons côté Kirghize et les premiers flocons de neige nous accueillent

 

 

 

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