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En pays Ouïgour, retour dans les Montagnes Célestes

2 Sep 2016

De la frontière, nous décidons finalement d’éviter les 600 km d’autoroute qui mènent à Urumqi (se prononce Ouroumshi), la capitale du Xinjiang pour retraverser les Montagnes Célestes en plein pays Ouïgour et rejoindre le désert du Taklamakan. Cet itinéraire devrait nous permettre d’arriver plus rapidement aux portes du plateau tibétain avant l’arrivée de l’hiver.

 

Nous commençons par remonter une large vallée irriguée et fertile. La route, un vrai billard, dotée de bonnes bandes latérales est bordée d’une large rangée de peupliers qui nous protège du vent et nous apporte une ombre bienfaisante. Sur les premiers coteaux, la culture de la vigne domine largement avec quelques hectares de lavande. Ils sont en train de bâtir ici un véritable vignoble de cépage pour s’adapter aux évolutions de consommation des villes du pays (voir l’article sur le vin dans le Xinjiang). Il y a du monde partout. Nous trouvons à planter notre tente entre deux rangs de vigne pour notre première nuit en Chine. Au matin, celle qui est sans doute la propriétaire des lieux nous interpelle d’un ton courroucé. Elle est visiblement d’origine Han, l’ethnie majoritaire en Chine et ne comprend pas un mot de kazakh. Après avoir vu les vélos et avoir expliqué tant bien que mal notre périple, elle part d’un grand éclat de rire sous sa casquette, appelle son mari et nous ramène un plein sac de raisins. Nous apprenons nos premiers mots de chinois avec le sourire, Ni hao (bonjour), Ssié-ssié (merci) et Tsian Djen (au revoir).

 

Les routes sont confortables avec une large bande réservée aux vélos, tricycles, scooters et des rangées de peupliers pour nous protéger du vent et du soleil

 

De vastes exploitations viticoles

 

Sur les coteaux, les agriculteurs s’activent à rentrer les foins

 

Plus au bas dans la vallée s’étendent de gigantesques plantations de maïs, de tournesol plus tardifs que chez nous, et plus haut du blé. Encore plus haut sur le flanc des montagnes, tout le monde s’active à rentrer les foins. Des machines agricoles flambant neuves, de grandes moissonneuses-batteuses nous dépassent sur la route. Dans les secteurs plus secs, d’immenses troupeaux de moutons blancs à tête noire apparaissent. La population est rassemblée dans des villages, sortes de corons agricoles aux maisons toutes identiques, sans doute des programmes gouvernementaux de peuplement du far-west chinois. Certaines qui semblent pourtant neuves paraissent inoccupées. Les anciennes maisons ouïgoures en pisé ne seront plus bientôt qu’un souvenir. Difficile pour nous d’identifier ici qui est Ouïgour et qui est Han tant les visages sont mélangés. Nous plantons la tente à côté d’anciennes maisons en pisé et notre hôte de ce soir, grand aux yeux clairs, se présente d’origine kazhake, comme sa femme et comprend bien notre turc à la sauce d’Asie centrale. Il nous apporte deux grandes assiettées de pâtes avec une délicieuse sauce aux poivrons. Sa belle-fille elle, est d’origine Han. Le lendemain, nous plantons près d’une yourte et la famille nous offre une grande théière de thé au lait avec un pain plat saupoudré d’oignons. Seule ombre au tableau, les nuées de moustiques qui nous gâchent bien nos soirées et nous obligent à nous réfugier sous la tente.

 

Les « corons » agricoles dans la vallée

 

Les marchés sont animés dans les petits chefs lieux de canton

 

Les Ouïgours, population turcophone musulmane côtoient dans le Xinjiang des populations d’origine Kazakhe, elles aussi musulmanes et turcophones mais également des Mongols, quelques Tibétains mais surtout des Huan, population majoritaire en Chine venant de l’est, de plus en plus nombreux, notamment dans les villes

 

Le gouvernement Chinois et la province du Xinjiang souhaitent développer le tourisme dans cette région reculée. Et comme ils ne font rien à moitié, nous avons droit à une signalisation touristique complète, les villages Kazakhes de yourtes « typiques », les hôtels de luxe en construction dans des petits villages de montagne, genre Val d’Isère dans les grandes années de la folie immobilière. Avec à présent une gigantesque classe moyenne, le potentiel de tourisme intérieur chinois est ici colossal. Incroyable, nous sommes dépassés par plusieurs campings-cars, des mini-bus, des motards, des voitures de touristes (tous Chinois bien sûr) qui s’arrêtent parfois pour nous prendre en photo, faire des selfies comme en Iran, nous offrir des fruits secs, une bouteille d’eau, des pommes… Nous apprécions ces quelques moments d’échanges, l’attitude dominante étant l’indifférence de la part des automobilistes que nous ne distinguons peu derrière leurs vitres fumées. Nous croisons même nos premiers cyclotouristes chinois : un groupe de cyclos du dimanche matin en goguette, deux couples partis une semaine faire un tour dans le Xinjiang et un jeune de Chengdu sur la route depuis 5 mois. Revers de la médaille, les routes sont jonchées de bouteilles et de détritus jetés négligemment dans la nature…

 

Les camps de yourtes kazakhes pour les touristes chinois

 

Rien n’a été laissé au hasard pour le développement touristique du secteur, même la signalisation routière irréprochable

 

La fièvre immobilière du tourisme dans des petits villages de montage. Val d’Isère dans les grandes années…

 

Contrairement à l’Asie Centrale, nous ne rencontrons plus de « touriste » étranger. Voyager en voiture ou à moto en Chine est très cher donc rare car nécessite d’avoir un guide local, un permis chinois et énormément de formalités. Nous sommes finalement très privilégiés à vélo (faute de volontaires pour accompagner les voyageurs à vélo ?) Comme d’habitude nous n’avons pas préparé grand chose et ne bénéficions plus des conseils des autres voyageurs.

 

Le club cyclo nous fait la fête au long de la route

 

Un couple de Chinois partis traverser la Chine depuis 3 ans avec leur tricycle sans vitesse

 

Nos premiers touristes à vélo Chinois partis une semaine en vacances dans le Xinjiang par un jour de pluie

 

 

Nous continuons notre remontée, la vallée se fait étroite. La rivière change sa robe sombre d’ocre et de boue pour une eau cristalline. Une forêt de pins couvre les versants nord. Nous montons progressivement dans les alpages parsemés de yourtes. Comme au Kirghizstan, les éleveurs viennent passer là les trois mois d’été avec leurs troupeaux mais récoltent également miel, framboises, myrtilles et champignons qu’ils font sécher en longs colliers. La journée est magnifique. Les arbres revêtent leurs premières couleurs d’automne et les herbes dans les pentes prennent leur teinte de rouge et de roux. Pas de doute, l’automne arrive. Comme pour vous sans doute, c’est la rentrée et les écoliers en uniforme s’en vont sur le chemin de l’école. Les yourtes sont démontées une à une. Nous plantons la tente à côté d’un groupe de jeunes Mongols affairés à tout démonter qui nous invitent à partager leur pastèque. Pour échanger, nos quelques mots de chinois sont bien faibles, le russe ne marche pas, l’anglais non plus, c’est encore le turc avec lequel nous avons le plus en commun. Ils s’amusent à entendre qu’ils ont l’âge de nos enfants. Ils plient les feutres, les peaux, les tapis et couvertures mais laissent l’armature métallique (la yourte traditionnelle a une armature en bois) qui reste ici tout l’hiver. Matériel, familles et bêtes descendent à présent principalement en camion que nous croisons sur la route, c’est moins spectaculaire.

 

 

Une famille Kazhakhe tellement heureuse de pouvoir échanger avec nous dans leur langue refuse de nous faire payer le repas et nous invite dans leur yourte

 

Livraison de mouton sur la moto, les deux pattes coincées dans le porte bagage arrière. Ca a l’air de lui aller…

 

Le séchage des champignons en longs colliers

 

Avec une équipe de jeunes mongols en train de démonter les yourtes

 

Plus haut encore après un col aux courbes et au revêtement parfaits, à plus de 3200 mètres, nous débouchons sur un long plateau de plus de 150 km battu par le vent. Un arbre entouré de pierres est couvert de tissus colorés et de prières, premières traces pour nous du Boudhisme dans une région principalement musulmane. Au loin nous apercevons des mines de charbon et le ballet des camions sur la route.

 

Au niveau du col, un arbre à prière boudhiste

 

Les tentes tibétaines font place aux yourtes dans certains secteurs

 

Au petit matin, la pluie fait des claquettes sur notre petite maison de toile. Qu’il est doux le chant de la pluie bien calfeutrés dans nos duvets. Nous glissons un œil dehors. Les sommets autour se sont blanchis dans la nuit. Nous profitons d’une accalmie pour tout plier et reprendre la route. De grands troupeaux de yaks paissent tranquillement bien à leur aise dans la tourmente. Avec leur port altier, leur démarche fière, la laine qui pend sous le ventre et l’encolure, leur épaisse queue empanachée, leur longues cornes effilées, on les croirait tout droit sortis de la grotte de Lascaux. Des tentes blanches ont remplacé les yourtes. Nous entamons sous la pluie une longue descente de près de 100 km qui va nous mener à Korla, aux portes du désert du Taklamakan. Les lumières sont belles sous l’orage, les troupeaux de moutons guidés par leurs bergers à cheval descendent par centaines en vallée, eux n’ont pas besoin du camion.

 

Départ frisquet sur les hauts plateaux

 

 

Des troupeaux de yaks tout droit sortis de la grotte de Lascaux

 

 

L’estive se termine, la transhumance des moutons vers la vallée a commencé

 

Une fois descendus dans les gorges, le vent chasse les nuages et nous retrouvons le ciel bleu, d’immenses plantations maraichères dans la vallée irriguée, tomates, poivrons, piments, choux, patate douce. Les tomates sèchent sur des kilomètres de claies blanches. Nous retrouvons aussi ces grands espaces viticoles comme à l’entrée ouest du Xinjiang et arrivons à Korla aux portes du désert.

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