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Dépression automnale

13 Sep 2016

Après notre faux départ de Korla (voir le message précédent), nous voici descendus au plus bas, ou plutôt en dessous du niveau de la mer dans la dépression de Turfan, une des plus profondes du monde. Avec -154 mètres, la dépression de la mer Caspienne est battue à plat de couture. Il s’agit de l’endroit le plus chaud de Chine, 47° en été mais les températures de ce début septembre sont parfaites, jamais plus de 40° l’après-midi. Après les hauts plateaux et ses averses, nous retrouvons un petit brin d’été.

 

Turfan a longtemps été une étape essentielle sur la route de la soie et les vestiges archéologiques sont très anciens, très nombreux et l’histoire fabuleusement riche au croisement de multiples peuples et civilisations. Le gouvernement chinois aime à rappeler aux autonomistes islamistes Ouïgours que le Xinjiang a été sous gouvernement chinois dès la dynastie Han au II ème siècle avant JC et que la région a d’abord été animiste, puis zoroastrienne tiens encore eux (voir l’article les concernant en Iran), puis manichéenne au IIIème siècle (c’était la religion d’origine de St Augustin, un syncrétisme zoroastrio-christiano-bouddhique), nestorienne au Vème siècle (une des branches dans le buisson foisonnant du christianisme des premiers siècles et qui va donner naissance aux premières églises d’Orient), puis bouddhiste et n’a été convertie à l’Islam qu’à la fin du XVème siècle. Le site de Jiaohe à quelques kilomètres de Turfan est un extraordinaire plateau naturel de plusieurs kilomètres transformé en ville fortifiée il y a plus de 2200 ans. La ville, construite par excavation, ce qui garantissait une relative fraîcheur dans la fournaise de l’été et une bonne isolation pendant les rudes hivers, abritait jusqu’à 10000 personnes. De nombreux temples bouddhistes y ont été construits au fil des siècles. La parfaite sécheresse du climat a permis de limiter l’érosion. Un peu plus loin, sur le site d’Astana, la construction d’une route a mis à jour des tombes datant de 5000 ans et dans un état de conservation exceptionnel. Des momies ayant encore toute leur peau, leurs cheveux, portant des habits tressés et brodés, des bijoux d’une grande finesse y sont exposées. Notre vision de l’histoire très européano-centrée nous empêche vraiment de mieux connaître la fabuleuse richesse de ces civilisations millénaires nettement plus avancées que les nôtres à même époque.

 

Le site de Jiaohe, un plateau fortifié de plus de 2000 ans qui comptait jusqu’à 10000 personnes

 

Dans la ville de Turfan en pleine expansion comme la plupart des villes, il ne reste presque plus rien des anciens quartiers. Le buldozer chinois avance à pas de géant sans trop voir ce qu’il y a sous sa botte ou son rouleau compresseur. Nous logeons dans une petite auberge de jeunesse située dans un des anciens quartiers ouïgours, tenue par un jeune couple chinois très intéressant et parlant, ce sont les premiers que nous rencontrons, un excellent anglais. Le bâtiment en U construit en pisé et en bois a gardé beaucoup de charme avec une grande tonnelle d’où pendent des grappes de raisin blanc mûres à souhait, des poteaux en bois ouvragé soutiennent comme en Ouzbékistan une petite galerie qui protège les pièces des rayons du soleil, un petit jardin au milieu apporte un peu de fraîcheur. Ils ont été informés il y a deux ans, comme ils le craignaient, de l’existence d’un projet de nouveau quartier qui viendra faire disparaître leur lieu de vie sous des immeubles de 10 à 20 étages. Ils continuent malgré tout à accueillir les voyageurs de passage avec ce couperet de devoir déguerpir d’un moment à l’autre. Le quartier est maillé de petites venelles couvertes de vignes. Les enfants jouent dans la rue, le voisin a mis son parc à moutons devant la maison, on entend les coqs chanter le matin, les plus vieux installent leur banc ou une petite estrade comme en Asie centrale. La mairie, dans l’optique de raser le quartier à court terme, ne fait plus aucun investissement, pas de remise en état du revêtement, pas de trottoir, pas d’éclairage. Une partie des gens du quartier sont déjà partis et certaines maisons frisent l’effondrement. Pour ce jeune couple, aucun recours, aucune action n’est possible pour conserver une trace de ce patrimoine architectural. Les manifestations et actions collectives sont interdites et ils savent qu’ils ne seraient même pas suivis par le reste de la population qui se réjouit de la destruction de cet habitat qui fait « tâche » dans l’univers moderne du nouveau Turfan. Nous pensons à nos amis urbanistes qui s’arrachent les cheveux pour voir sortir des projets nouveaux. C’est effectivement plus facile de faire de l’urbanisme en Chine et de doubler ou tripler la population en quelques années. Ainsi va le rouleau compresseur de la nouvelle Chine…

 

L’auberge de jeunesse de Turpan dans une maison du quartier Ouïgour, palanquin, tonnelle, fenêtres et portes bleu-clair

 

Les petites venelles couvertes des quartiers Ouïgours

 

Les anciens quartiers Ouïgours sont appelés à disparaître

 

Même si le désert s’étend au fond de la dépression sur plus de 200 km d’est en ouest, avec de très hautes dunes de sable, l’endroit est particulièrement fertile grâce aux rivières qui s’écoulent des derniers névés des Tien Sian, les Montagnes Célestes à quelques dizaines de kilomètres plus au nord et viennent se perdre dans un lac de sel au fond de la dépression. L’eau transforme par endroit ce désert en oasis.

Les vignes au pied des dunes, la magie de l’eau qui coule des montagnes des Tien Sian, les Montagnes Célestes 

Les vignes en tonnelle, la principale richesse de la dépression de Turpan

 

Les villages à majorité ouïgoure sont habilement construits le long des rivières et du vaste réseau d’irrigation. C’est un vrai bonheur de les traverser. L’activité y est intense. Nous sommes en pleines vendanges. La spécialité de la région est la production de raisin sec (voir le message vignes et vignobles du Xinjiang). Les vignes occupent l’essentiel de l’espace agricole et juste à côté, sur les parties désertiques, les séchoirs à clairevoie en briques de terre cuite ou crue s’étendent sur des kilomètres. Au sein des villages, le fin réseau de canaux est bordé de peupliers, de saules et de quelques arbres fruitiers, pommiers, pruniers, qui apportent une fraîcheur paradisiaque dans ce désert. Nous aimons particulièrement nous y arrêter prendre un verre, grignoter un pain aux oignons ou à la ciboulette, nous gaver de melon, croquer une pomme ou prendre une petite glace. A chaque fois, les gens viennent nous voir et avec le turc ou nos rares mots de chinois, la glace est vite rompue. Les uns nous offrent de l’eau, d’autres des grappes de raisin, un autre encore nous amène du thé, nous invite à nous asseoir avec eux. Nous craignions des relations plus indifférentes en Chine, il n’en est visiblement rien.

 

3079 : Des relations toujours bienveillantes dans les villages. Cheveux noirs raides ou frisés, blonds, yeux noirs ou bleus, tous les visages se côtoient.

 

Le boulanger prépare ses petits pains à la ciboulette dans son four en forme de jarre de terre cuite. Les pains sont collés à la paroi. Tous chauds sortis du four, c’est délicieux

 

Dans les villages, les grandes maisons en brique cuite s’ouvrent sur la rue par un large portail donnant accès à une vaste cour couverte d’une tonnelle de vigne ou d’un treillis de joncs. A l’étage, les séchoirs à raisin sont encore là pour contribuer à l’ombre. Comme en Asie centrale, un grand palanquin surélevé garni de tapis et de coussin permet de manger, de discuter, de parler affaire ou de se reposer. La maison abrite plusieurs générations. Les enfants en veste bleue avec leur foulard rouge autour du cou vont et viennent à pied, plus souvent à vélo ou en scooter électrique à l’école après s’être acheté une glace chez « le chinois » au coin de la rue (la plupart des commerçants et restaurateurs sont des Hans). Une mamie, foulard sur la tête sort fièrement au guidon de son gros tricycle électrique avec les petits-enfants sur les genoux ou dans la benne. Des petits trottent le long de la rue avec leur pantalon ouvert sous les fesses, pas besoin de couches ici. Les minorités ont longtemps bénéficié de dérogations sur les règles de l’enfant unique aujourd’hui dépassée et les familles sont plus nombreuses.

 

Les cours intérieures des maisons de village avec un grand palanquin

 

Les enfants reviennent de l’école avec une glace achetée chez « le Chinois »

 

L’autre grande production de la dépression, c’est le pétrole, découvert il y a peu dans de nombreux secteurs du Xinjiang. Le désert est couvert de centaines et centaines de petits Shadocks qui pompent et pompent inlassablement le précieux or noir, et parsemé de cuves de stockage. On retrouve même les Shadocks entre les séchoirs à raisin, au pied du parc national qui protège les grandes dunes ou même dans les villages. Rien n’arrête le besoin d’énergie de cette Chine en pleine croissance. En attendant, ce sont surtout des centrales au charbon qui produisent l’essentiel des besoins électriques.

 

Et les Shadocks pompaient, pompaient…

 

Pas de dépression de rentrée pour nous ici. Nous apprécions les températures plus clémentes, les relations toujours bienveillantes et surtout ces moments de liberté

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