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Agriculture de précision

10 Nov 2016

De Shangrila, notre dernière étape tibétaine, nous commençons notre longue descente vers le Yunnan en montant, descendant et traversant de vastes forêts de pin. Nous dormons un soir dans la montée d’un col près d’une bergerie. Le bois n’est plus rare comme sur les plateaux et nous apprécions le petit feu du soir et du matin pour nous réchauffer car le froid est encore vif la nuit. Les vastes maisons tibétaines et les yaks font place à des cabanes en rondins et à des troupeaux de chèvres et de moutons. L’intérieur de la cabane de notre hôte d’un soir est bien sommaire, terre battue, une petite estrade de bois en guise de lit, mais son poêle bien agréable pour réchauffer nos doigts gelés.

 

Nous commençons notre longue descente dans le Yunnan

 

 

 

Chez nôtre hôte d’un soir au milieu de la forêt et des chèvres

 

Puis après un nouveau col, en perdant plus de 1500 mètres de dénivelé, nous changeons brutalement d’ambiance, comme en descendant des plateaux froids du Vercors vers le Diois après le col de Rousset. Le soleil chauffe les rochers exposés sud, l’air embaume des senteurs sucrées du pin et de l’eucalyptus, les cigales se mettent à chanter, les fleurs explosent en une variété extraordinaire de formes, de couleurs. Les cultures en terrasse, fruits de générations et de générations de paysans opiniâtres, permettent de multiplier les récoltes et de profiter de la moindre source.

 

 

Les cultures en terrasse construites de génération et génération

 

Nous longeons les gorges du Yang Tsé. Ce grand fleuve qui bien en amont mesurait déjà près d’un kilomètre de large opère un virage en épingle à cheveux et se réduit subitement à quelques mètres dans un fracas d’eau invraisemblable. Entre les sommets environnant à 5600 mètres blanchis par la neige et le fond du lit, pas moins de 4000 mètres d’à pic. La température en journée est idéale et l’altitude nous protège encore sans doute de nos amis les moustiques.

 

 

Les gorges du Yang Tsé

 

La province du Yunnan où nous nous trouvons héberge plus de la moitié des 56 minorités ethniques officielles de la Chine. Nous connaissions les Tibétains, les Salars et les Ouïgours musulmans, nous rencontrons maintenant les Huis d’origine Han convertis à l’Islam, que nous apprécions particulièrement car ils sont spécialistes de la boulangerie-pâtisserie. Nous les saluons d’un sonore « Salam Aleï Koum » qui nous vaut une bonne poignée de gâteaux supplémentaires. Les Naxi groupés autour de Lijiang ne sont plus que 300 000 mais conservent une grande partie de leur culture, une forme de matriarcat où les femmes ont une place prépondérante, une langue le Dongba et surtout une écriture hiéroglyphique unique et particulièrement belle. Les Dali surtout présents autour du lac Erhai sont à la base des cultivateurs et pêcheurs. Les magnifiques costumes portés surtout par les femmes au quotidien n’ont rien de folklorique et nous ravissent par leur variété et leur inventivité.

 

L’écriture hiéroglyphique Dongba encore utilisée par les Naxi

 

Les costumes colorés des femmes n’ont ici rien de folklorique et sont une affirmation forte d’identité pour les nombreuses minorités ethniques du Yunnan

 

Dans cette partie du Yunnan particulièrement touristique, le tourisme de masse à la chinoise bat son plein. De Shangrila à Lijiang et de Lijiang à Dali, des masses compactes de touristes chinois descendus de leurs cars envahissent les rues des vieilles villes transformées en supermarchés à souvenirs. A quelques dizaines de mètres de ces couloirs sur-fréquentés nous trouvons de rares endroits tranquilles et aimons nous réfugier dans les marchés, colorés, bien vivants et tellement plus agréables. Nous mesurons particulièrement notre privilège de pouvoir voyager tranquillement à vélo et nous imprégner doucement des campagnes chinoises.

 

Nous apprécions toujours les marchés colorés à l’extraordinaire diversité de produits

 

Les maisons généralement basses sont ici construites sur une base assez similaire avec une fine ossature en bois, 2 à 3 murs en brique de terre crue ou cuite recouverts d’un enduit blanc à la chaux souvent magnifiquement peints d’estampes, d’idéogrammes, surmontés d’une belle charpente simple en carène de bateau remontant aux deux extrémités, sculptées d’un petit dragon et couverte de tuiles romaines sombres, cuites pour la plupart dans des fours artisanaux. Cette partie de la Chine ressemble beaucoup plus l’image que nous pouvions nous faire des campagnes chinoises. Dans les villes, de hideuses constructions en béton toutes similaires viennent malheureusement concurrencer les habitations traditionnelles, rarement pour le meilleur et plus souvent pour le pire.

 

Les pagodes du parc nord de Lijiang

 

les maisons Naxi en brique de terre crue près de Lijiang

 

Les toits de tuiles sombre de Lijiang

 

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La statue de Mao guidant le peuple vers un avenir radieux trône encore fièrement sur la place entourée de centres commerciaux

 

Mais le plus remarquable dans cette région est sans doute l’agriculture en terrasse incroyablement précise et dense. Les toutes petites parcelles de quelques mètres carrés, cultivées au cordeau, principalement à la main ou à l’aide d’un motoculteur supportent 3 à 4 récoltes par an de riz, d’ail et d’oignon, de maïs, de légumes d’une variété extraordinaire. Entre deux rangées de choux poussent des salades, ou des poireaux, sous des arbustes, navets ou pommes-de-terre, dans les fossés des courges étendent leurs bras chargés. Difficile d’y planter une tente ! Le tout est minutieusement amendé de fumier, d’épines de pin (nous n’avons jamais compris leur utilité si quelqu'un peut nous expliquer !) et de lisier de porc. Les camions qui le transportent débordent généreusement dans les virages et nous gratifient d’effluves pestilentiels dans les montées de cols.  Des petites mains, majoritairement de femmes, s’activent en groupe à sarcler, planter, refaire les canaux, couvrir des buttons de paille. Rien à voir avec la densité d’emplois à l’hectare de notre Beauce.

 

 

Une agriculture de précision intense dans chaque petite parcelle de la vallée

 

Nous retrouvons quantité d’arbres et de plantes tropicales

 

Le long du lac d’Erhai près de Dali, grand comme 6 fois le lac du Bourget, nous serpentons au milieu des villages de pêcheurs. A bord de grandes barques métalliques, ils jettent de vastes filets pour attraper de la petite friture, des silures appréciés ici malgré leurs arêtes et de grosses carpes. Le lac a subit comme bien d’autres des proliférations d’algues vertes malodorantes dues à un usage trop intensif de fertilisants et l’absence de stations d’épuration sur le bassin versant. Des travaux de réseaux d’assainissement et une sensibilisation importante des populations sont menés pour limiter l’eutrophisation des eaux.

 

Pêcheurs de la minorité Dali sur le lac Erhai

 

Nous voici arrivé à Dali où nous sommes accueillis par Heimat, un voyageur à vélo chinois qui héberge à l’œil les cyclo de passage dans son auberge de jeunesse. Il projette un grand voyage de plusieurs années jusqu’en Europe, rêve incompris de ses parents pour qui tout ça n’est pas très sérieux et peu commun en Chine où la réussite se mesure à l’aune du taux de croissance de son business. L’occasion de bien parler vélo, tourisme et société en Chine…

Nous reprenons la route plein sud. Dans quelques jours nous serons au Laos.

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