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Vélo au Laos, chronique d’une disparition annoncée ?

5 Dec 2016

Si le Xingjiang, la vaste province la plus à l’ouest de la Chine nous avait marqué par la place importante des deux roues électriques et la qualité générale des infrastructures cyclables (voir notre articles « Trafic dans le farwest chinois »), le constat est nettement plus alarmant dans l’ouest des provinces du Sichuan et du Yunnan situées au sud de la Chine. Le vélo y a quasiment disparu au profit des scooters et motos thermiques.

 

En entrant au Laos, ce qui frappe immédiatement c’est le calme des routes que nous empruntons. Faible trafic, pas de klaxon intempestif, vitesse modérée. Concernant le vélo, le constat est cependant proche de celui que nous faisions dans le sud de la Chine. Si le vélo n’a pas complètement disparu de la circulation, son utilisation par les adultes est devenue extrêmement minoritaire que ce soit en ville ou en campagne. Le mode de déplacement largement dominant est, comme dans le sud de la Chine, la moto (de petites 125) et le scooter (principalement des 100 cm3). Dans les campagnes et les petites villes, les deux roues motorisés représentent 80% des déplacements motorisés et à Vientiane, entre 40 et 60% du trafic (série de comptages réalisés en intersections).

 

La moto représente une solution efficace, notamment en campagne sur des sentiers non revêtus. Comme dans la plupart des pays d’Asie du Sud-est, il s’agit pour l’essentiel d’un mode collectif : sur les comptages réalisés, une majorité des conducteurs ont un, deux voir trois passagers. Avec un bambou solidement attaché sur la banquette arrière ou un side-car artisanal, il permet de transporter une variété infinie de produits, sacs de riz, d’hévéa, caisses de bière, épicerie itinérante… Les deux roues motorisés sont utilisés à part égale par les femmes et les hommes, par toutes les classes de population en campagne. La vitesse de circulation est généralement modérée et contrairement à la Chine, une part importante de conducteurs porte le casque. Son prix reste modéré pour des standards européens, environ 1000 € mais représente ici plus de 3 mois de salaire d’un instituteur.

 

Il reste cependant une bonne poche de résistance pour le vélo au Laos : les enfants, les collégiens et les jeunes moines. En l’absence de transports publics scolaires, le vélo est très fortement utilisé pour aller à l’école tout autant par les filles que par les garçons. Nombre de collectivités rêveraient de voir autant de vélos stationnés dans les établissements scolaires. Le vélo le plus répandu est un vélo mono-vitesse de 20, 24 ou 26 pouces, monté en Thaïlande, très bien réalisé pour cette fonction avec une confortable banquette sur le porte-bagage arrière permettant de transporter un petit-frère, une petite sœur, un camarade de classe, des repose-pieds, une bonne béquille double et un frein arrière à tambour. Si la taille et la couleur varient, ce type de vélo se retrouve partout dans le nord du Laos, y compris dans des zones montagneuses. Dans ce cas, les enfants poussent à la montée et se laissent glisser à la descente. Ils parcourent souvent des distances importantes, dépassant 5 à 10 km.  Son prix de 100 € environ reste néanmoins non négligeable rapporté au pouvoir d’achat local (un tiers d’un salaire mensuel d’instituteur).

 

Un matin, alors que nous avions installé la tente à proximité d’un village, deux enfants d’une dizaine d’années sont venus nous voir, l’un d’eux roulait sans chambre à air… Je lui installe une chambre de 26 pouces sur sa roue de 24, ça fonctionne et change le frein du tambour arrière. L’achat des pièces détachées est probablement une charge lourde et leur outillage est très limité mais les enfants connaissaient parfaitement la mécanique de leur vélo et savaient exactement comment faire !

 

Le vélo est encore bien utilisé par les jeunes moines

 

Réparation avec un enfant d’une dizaine d’années. Il sait parfaitement ce qu’il y a à faire pour réparer son vélo ! Manque juste pièces de rechange et outils…

 

Les enfants qui habitent plus près ou n’ont pas la chance d’avoir à vélo se rendent tout seuls à l’école sans accompagnement le long de la route nationale équipés de leur parapluie pour se faire de l’ombre…

 

A Vientiane, la très faible part du vélo et le nombre important de voitures nous surprend au regard du calme du reste du Laos, gros 4x4, pick-up dont il n’existait encore que quelques exemplaires il y a une dizaine d’années. Bradley Shroeder, Américain vivant au Laos et intervenant sur les infrastructures cyclables et les vélos en libre service pour de nombreuses collectivités d’Asie du Sud-Est que nous rencontrons à Vientiane nous explique l’importance démesurée qu’a pris la voiture pour les habitants de la capitale. Dans ce petit pays très hiérarchisé où la langue Laos intègre 5 niveaux différents de vouvoiement, la voiture est devenue en quelques années un indicateur majeur de statut social, loin devant la maison, l’habillement ou les habitudes culturelles et de loisirs. Les crédits à la consommation à faible taux favorisent l’acquisition de véhicules pouvant représenter une place délirante dans le budget des ménages et au prix d’un endettement difficilement supportable. L’autre conséquence de cet engouement est l’envahissement de tous les espaces de la capitale pour le stationnement des véhicules : les trottoirs, les places et même les temples sont envahis du matin au soir rendant le cheminement des piétons très compliqué. La ville de Vientiane a adopté une politique de voies à sens unique mais aussi de carrefours à feux à 4 cycles (chaque branche de circulation est libérée successivement) très longs (de 60 à 90 secondes d’attente) très peu favorable à la pratique du vélo et de la marche à pied et les quelques bandes cyclables réalisées sont envahies par des véhicules en stationnement. Heureusement, comme dans tout le Laos, la circulation est plutôt calme, les conducteurs peu agressifs et pour des cyclistes aguerris la situation est tranquille pour une (petite) capitale de 800000 habitants. Le réseau de transport public reste faible avec peu de lignes et une fréquence limitée mais les « tuk-tuk » tricycles à 3 roues surmontés de deux banquettes permettant de transporter 6 à 8 personnes assurent l’essentiel de l’offre de transports en commun.

 

Les deux-roues motorisés restent dominants à Vientiane malgré la croissance importante de la voiture dans les dix dernières années

 

Parking de deux roues motorisés à Vientiane,

 

Le « tuk-tuk » taxi tricycle à 6 ou 8 places est le mode de transport en commun le plus populaire, très pratique, disponible partout

 

De ces quelques semaines au Laos nous retiendrons surtout l’intérêt majeur d’un vélo simple et bien conçu pour la mobilité des scolaires dans un contexte d’absence de transport scolaire trop coûteux pour les collectivités locales.

 

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