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Kyushu, un petit air de Corse japonaise

20 Jan 2017

Nous poursuivons avec bonheur notre parcours au Japon, sautant d’île en île par de petits ferries. Nous sommes actuellement à Kyushu, l’île la plus méridionale de l’archipel, en dehors des petites îles d’Okinawa. C’est tout simplement magnifique. Kyushu aurait presque un petit air de Corse avec ses baies, ses anses, ses péninsules escarpées, la montagne tombant dans la mer, ses petites criques avec des plages de sable fin, la mer translucide, les petits villages de pêcheurs blottis autour du port à l’abri des grands vents du large. Mais aussi ses cultures en terrasse montées pierre à pierre au fil des générations, les orangers, les mandariniers, les pamplemoussiers croulant sous les fruits, tellement qu’ils débordent sur la route. Nous en maraudons timidement quelques uns et quel goût ! Oubliez tout ce que vous savez déjà des mandarines et des pamplemousses, goûtez ceux du Japon, mûrs à souhaits, juteux et tendres, un délice ! Nous faisons le plein de vitamines et d’iode en suivant le bord de mer. Les poissons et fruits de mer sont très peu chers et nous nous faisons des fricassées de calamars aux herbes de Provence, des pâtes au saumon, du maquereau à la moutarde, crevettes sautées… Nous avons aperçu quelques oliviers et de rares rangées de vignes. Mihoko, une de nos hôtes nous a même fait goûter un bon petit rosé bien fruité. Des palmiers viennent souligner le front de mer comme sur la Croisette. Est-ce l’image que vous aviez du Japon ?

 

 Au sud de Kyushu, un petit air de Corse

 

 Des plages de sable fin qui font rêver les surfers

 Cultures en terrasse autour du port

 

 Les pommes de terre remplacent le riz en cette saison sur les terrasses

 

 Nous trouvons de toutes petites routes, perdues dans les cheveux des anses de ce coin reculé du Japon, avec très peu de véhicules, des villages endormis ou engourdis par l’hiver. L’exode rural se fait sentir aussi ici. Les maraîchers âgés qui cultivent des légumes, préparent la plantation de rangées de pommes de terre au motoculteur dans de toutes petites parcelles ne sont plus de la toute première jeunesse. L’hiver s’est invité, le vent du nord souffle fort. En dehors d’une petite journée de pluie nous avons de très belles journées ensoleillées mais fraîches. La nuit dans la tente, la température ne dépasse guère le 0°, pas si froid qu’en France en ce moment mais quand on est toute la journée dehors, difficile parfois de se réchauffer.  Plus haut dans les montagnes, une forêt sombre de conifères s’étend jusqu’au sommet. Les paysages de ces endroits perdus sont grandioses ; ce sont eux qui ont inspiré le dessinateur Miazaki dans le magnifique film d’animation le voyage de Shihiro.

 

 Les narcisses sont déjà en fleur en bord de route

 

 Les orangers, mandariniers, pamplemoussiers débordent de fruits

 

 En début d'année, les bateaux de pêche sont ornés d'un grand bambou

 

 Au petit matin, l'air est encore froid et la mer est toute fumante

 

L’île de Kyushu est très volcanique. Non contents d’avoir à supporter les tremblements de terre, les tsunamis, les accidents nucléaires, les Japonais ici doivent aussi faire face au risque volcanique. Il est très présent à Kagoshima où le Sakurajima du haut de ses 1200 mètres laisse échapper des fumerolles et rappelle souvent les habitants à son bon souvenir par d’épais nuages de cendres. Shun, un jeune étudiant et son ami de vélo qui nous accueille ce soir là prennent tout cela avec fatalisme. L’activité volcanique présente aussi des avantages ; le must pour se réchauffer est de trouver le soir un « onsen », des bains de sources chaudes dans lesquelles tous, petits vieux, paysans, pêcheurs viennent se délasser après une journée de boulot. A poil, au chaud sous les étoiles, quel plaisir ! A Ibusuki, nous avons eu droit aux bains de sable chaud, un peu oppressant tant le sable gorgé d’eau est lourd mais c’est tellement agréable. Plus loin sur la côte ouest au pied du Kunimi, la ville d’Obama est toute entière fumante des sources qui jaillissent du volcan. Les habitants en guise de promenade du dimanche viennent tremper leurs pieds dans une rigole d’eau chaude, apportent légumes, œufs, poissons à cuire à la vapeur directement à la source et mangent ainsi tranquillement au bord de l’eau.

 

 Bivouac de rêve au pied du Kunimi dont on aperçoit les fumerolles et les traces de cendre

 

 Le Sakurajima veille au dessus de Kagoshima

 Bains de sable et onsen à Ibusuki

 A Obama, les habitants viennent se chauffer les pieds dans les rigoles d'eau chaude et cuire leur pique-nique dans les sources

 Coulées de basalte près de Miyazaki

Au détour d’une autre baie nous parvenons dans une zone de marais et de riziculture. Nous apercevons un couple de grues à tête rouge au corps gris avec une queue blanche très élégante, agiles et nobles, puis un petit groupe d’autres grues grises un peu plus petites et en avançant des milliers de grues qui caquètent bruyamment. Un spectacle absolument magique que ces oiseaux élancés qui lancent la tête vers le ciel, esquissent quelques pas de danse. Venues de Sibérie où elles se reproduisent, elles viennent hiverner ici en se gobergeant de batraciens, de petits vers, d’algues, des restes de riz de la précédente récolte. Les deux espèces de grues les plus représentées ici ont failli disparaître. Il n’en restait que quelques centaines de couples il y a une quinzaine d’années avec le rétrécissement de leurs aires d’alimentation. Une aire de protection a été définie, un protocole de nourrissage a été mis en œuvre et ces deux espèces ont rapidement quitté le statut d’espèce menacée. Les derniers comptages font état de 17000 grues dans cette baie, en plus de tous les autres échassiers présents, aigrettes, hérons, butors, huitriers-pie… Un ornithologue local est tout fier de nous montrer les différentes espèces, les détails de leur passage ici, l’histoire de la sauvegarde de l’espèce.

 

 Les deux espèces de grues présentes sur le site d'hivernage, les grandes aux yeux rouges et les noires, plus petites au cou blanc

 Une, deux, un petit groupe puis des milliers, un spectacle inoubliable

 Beaucoup d'autres espèces d'échassier sont présentes sur le site, hérons cendrés, butors, aigrettes...

 

A d’autres moments, nos petites routes de rêve se transforment sans prévenir en grosses routes à forte circulation à l’approche des grandes villes. Changement de décor, ça n’est jamais dangereux tant les Japonais sont courtois au volant, c’est juste désagréable. Nous traversons alors des villes pavillonnaires à l’américaine, sans centre, sans charme ni grâce et parcourons des dizaines de kilomètres de zones commerciales aux enseignes tapageuses. A Osebo sur la côte nord-ouest, le port s’étend sur des kilomètres de rades de construction navale et abrite une gigantesque base de la marine américaine. Nous y croisons de grands noirs athlétiques faisant leur jogging dans les parcs.

 

 Nos petites routes de rêve se transforment parfois en cauchemar à l'américaine

 Grand port de construction navale à Osebo à l'ouest de Kyushu

 

A Miyazaki, sur la côte est, nous sommes reçus aux petits soins par Mihoko, la cinquantaine, qui vit là avec ses parents de 84 ans, chose courante au Japon. C’est sa professeur d’anglais qui devait initialement nous accueillir mais indisponible ce jour là lui a demandé de nous héberger. Fière et heureuse de nous recevoir et pratiquer l’anglais, elle se met en quatre pour bien nous recevoir. La maison est plus grande que celle de Shogo qui nous avait hébergé à Shikoku mais bâtie sur les mêmes principes architecturaux, avec un sas d’entrée, une salle de réception où nous dormirons, des chambres, la salle de bain et la cuisine autour d’une petite pièce centrale. Seule à être chauffée, ils y passent le plus clair de leur temps en hiver, autour d’une table basse équipée d’une couverture chauffante. Le sol est fait de tatamis de bambou, de frêles cloisons séparent les pièces. Ca ne peut se voir qu’au Japon mais la maison comporte des toilettes homme et des toilettes femmes, équipées de toute l’électronique embarquée décrite dans notre précédent article !

 

 Avec Mihoko qui nous a préparé un repas japonais avec sa maman au regard rieur, amusées toutes deux de notre passage

Au petit matin, il fait 5° dans la chambre...

 

Le lendemain, elle nous emmène au bord de la mer contempler les formations de lave basaltique en hexagones parfaits puis nous fait participer à la fête du temple shintoïste du quartier (voir l’article sur le sujet). Intéressant d’avoir des explications directes sur leurs pratiques religieuses mêlant sans complexe bouddhisme et shintoïsme. A Yakashima, comme nous l’avons noté plus haut, ce sont deux étudiants passionnés de vélo qui nous accueillent dans leur chambre d’étudiants. Ils ont parcouru tout le Japon du sud de Kyushu à l’extrême nord d’Hokkaidō, un voyage initiatique comme pourrait l’être nos chemins de Compostelle. Ils nous emmènent au ramen, un restaurant traditionnel où l’on peut manger de pleins bols de soupe aux nouilles pas cher. Dans leur chambre d’étudiant, c’est un peu serré, c’est un peu le bazar comme chez nos étudiants à nous mais ils sont fiers et heureux de nous avoir dans leur chez eux. L'ami de Shun fait des études d'agronomie et compte bien reprendre l'exploitation rizicole de son grand-père mais c'est difficile d'en vivre et il prévoit déjà une double activité.

 

 Shun et son copain de vélo qui nous accueillent à Yakashima

 

Au Japon, c’est toujours facile de planter la tente. Nous avons eu droit à pas mal d’endroits insolites, dans un stade un soir de pluie, dans les toilettes (femmes) d’un parc floral, plus resplendissantes que des toilettes de Suisse Alémanique un soir de grand vent. Un autre soir, nous avons un peu de mal à trouver un bon endroit de camping, coincés que nous sommes entre un littoral escarpé et une voie ferrée. Nous avisons le poste de police du village. Le policier n’est pas en service mais nous ouvre aimablement, trouve au fond de sa mémoire les quelques mots d’anglais nécessaires, se creuse la tête, sort les cartes d’état-major, appelle le maire pendant que sa femme nous apporte une tasse de café chaud. Ce sont les toilettes qui lui posent problème pour nous indiquer un endroit propice ; oui il leur faut des toilettes à ces voyageurs inhabituels ! Puis il enfourche son vélo et nous guide jusqu’à un abri en bord route et de voie ferrée, servant aux agriculteurs du coin à vendre leurs produits. Il y a là un distributeur d’œufs frais. Le maire nous attend pour nous saluer et vérifier que tout nous va bien. Nous installons notre tente sous l’abris sur le ciment, préparons une bonne bolognaise et nous endormons, boules quies vissées bien profond dans les oreilles. Après une bonne nuit, notre policier en tenue vient nous apporter des oranges, le maire nous amène des mandarines puis revient avec une photocopie de tous les endroits touristiques de la commune avec des mentions écrites en français, puis l’homme de service qui nettoie les toilettes vient nous apporter deux cafés. Quel sens du service ! Et c’est comme ça pour tout. Une chef de rayon laisse son travail pour nous chercher et imprimer les horaires du prochain ferry, revient avec un café chaud… Attentifs et adorables ces Japonais !

 

 Nuit dans un abri de bord de route conseillé par le maire et la police !

 Nuitée dans les toilettes femmes plus propres que des WC de Suisse alémanique

 Déjeuner aux crêpes bretonnes dans un petit port

Petit déj après une nuit bien fraîche dans une cabane 

 Confiance totale au Japon, on prend, on se sert et on paye son obole dans le tronc

Les navets sont mis à sécher au soleil sur le port 

 

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